Le cyanotype est une invitation à ralentir. À observer la lumière. À laisser le soleil participer à la création. Chaque impression est une petite surprise, une rencontre entre le motif, le papier, l’eau et le temps.
Si vous aimez expérimenter, collectionner les feuilles lors de vos promenades, créer avec des éléments simples ou découvrir des procédés artistiques, le cyanotype peut bien de devenir l’un de vos terrains de jeu favoris.
Dans cet article, je vous propose de découvrir son histoire fascinante, le matériel indispensable pour commencer, les différentes étapes de réalisation, des conseils pratiques pour réussir vos premières créations ainsi que de nombreuses idées pour explorer toutes les possibilités de cette technique photographique alternative. Un beau programme rien que pour vous !
D’où vient le mot « cyanotype » ?
Le mot CYANOTYPE raconte déjà à lui seul une partie de l’histoire de sa technique. Il est composé de deux racines issues des langues anciennes :
- « cyano », qui vient du grec ancien kuanos (κύανος), désignant une couleur bleu sombre, bleu profond ou bleu de lapis-lazuli. C’est cette racine que l’on retrouve aujourd’hui dans le mot cyan, utilisé pour nommer une nuance de bleu en imprimerie et dans les arts graphiques.
- « type », issu du grec typos (τύπος), signifie « empreinte », « marque », « impression » ou « modèle ». Cette racine est à l’origine des mots typographie, prototype ou encore stéréotype.
Le terme cyanotype peut donc être compris comme une « empreinte bleue » ou une « impression en bleu », une définition qui décrit parfaitement son procédé technique.
Qu’est-ce que le cyanotype ?
Le cyanotype est un ancien procédé photographique qui produit de magnifiques images bleu profond, appelées « bleu de Prusse ».
Contrairement à la photographie classique, il n’utilise pas d’appareil photo. L’image apparaît grâce à une réaction chimique provoquée par les rayons ultraviolets du soleil ou d’une lampe.
On dispose simplement des objets, des végétaux ou des négatifs sur un papier photosensible. Après exposition à la lumière puis rinçage à l’eau, l’image se révèle peu à peu comme par magie.
Chaque création est unique.
Le charme du cyanotype réside justement dans ses petites imperfections : les variations de lumière, les transparences des feuilles, les ombres délicates ou les textures du papier donnent une personnalité particulière à chaque tirage.
Les origines du cyanotype : une invention scientifique devenue un art
Le cyanotype est inventé en 1842 par le scientifique anglais Sir John Herschel.
Astronome, mathématicien et chimiste, Herschel cherchait alors un moyen simple de reproduire rapidement des documents. Il découvre qu’un mélange de citrate d’ammonium ferrique et de ferricyanure de potassium devient bleu lorsqu’il est exposé aux ultraviolets. Cette découverte marque la naissance du cyanotype.
À cette époque, personne n’imagine encore que cette invention deviendra une véritable pratique artistique.
Anna Atkins : la première artiste du cyanotype
Quelques années plus tard, une botaniste britannique, Anna Atkins, va transformer cette découverte scientifique en œuvre d’art.
Passionnée de botanique, elle réalise des centaines d’impressions de fougères, d’algues et de plantes directement posées sur du papier sensibilisé.
En 1843, elle publie Photographs of British Algae, considéré comme le tout premier livre illustré exclusivement par des photographies.
Aujourd’hui encore, ses herbiers cyanotypes fascinent par leur élégance, leur précision et leur incroyable modernité.
Pourquoi le cyanotype séduit-il autant aujourd’hui ?
Depuis quelques années, le cyanotype connaît un véritable renouveau car les personnes et les artistes apprécient :
- sa simplicité ;
- son faible coût ;
- son aspect artisanal ;
- sa lenteur méditative ;
- son lien direct avec la nature ;
- son rendu unique impossible à reproduire parfaitement.
Créer un cyanotype, c’est accepter que la lumière fasse aussi une partie du travail. C’est une pratique où l’on expérimente davantage que l’on contrôle.

Kit du Cyanotype : le matériel à regrouper pour créer (Photo Amylee)
Le matériel nécessaire pour débuter le cyanotype
Bonne nouvelle : il faut peu de matériel pour commencer, voici donc les indispensables.
Pour débuter facilement, vous avez en magasin le mini kit Cyanotype Enjoy Art ou plus complet le kit d’initiation Clairefontaine, ce dernier est parfait car il comprend :
- les 2 solutions chimiques à mélanger ;
- un flacon de mélange ;
- des gants ;
- des feuilles de papier ;
- un pinceau ;
- un petit guide d’utilisation.
Les produits se conservent plusieurs mois à l’abri de la lumière. Du matériel à retrouver chez Le Géant Des Beaux-Arts : magasins en France et boutique en ligne

Le kit Cyanotype Clairefontaine regroupe plusieurs accessoires de travail (Photo Amylee)
Le papier
Le papier est ultra important. Pensez à privilégier surtout un papier coton sans acide d’un grammage de 300g comme en aquarelle.
Sachez que les papiers très lisses donnent des détails très fins tandis que les papiers texturés apportent davantage de caractère.
Un pack feuilles spéciales Cyanotype existe en magasin déjà tout prêt à l’emploi ou un carnet à spirales multi techniques avec des feuilles suffisament épaisses qui supportent assez bien l’étape sous l’eau du rinçage.
Les pinceaux
Un pinceau large à poils souples (ex : spalter) car ici le but est d’étaler la solution uniformément sans laisser de traces trop marquées.
Une plaque de verre
Elle permet de maintenir parfaitement les végétaux contre le papier durant l’exposition. Elle permet de maintenir parfaitement les végétaux, les objets ou les négatifs contre le papier sensibilisé afin d’obtenir une impression nette et précise.
Si vous n’avez pas de verre sous la main, pas d’inquiétude ! Une plaque de plastique transparente, comme une feuille de plexiglas (PMMA) ou une plaque en acrylique, peut tout à fait faire l’affaire pour vos premiers essais. L’essentiel est qu’elle soit transparente aux UV, propre et bien rigide pour exercer une légère pression sur votre composition.
BON A SAVOIR
Vertains plastiques filtrent davantage les rayons ultraviolets que le verre. Dans ce cas, le temps d’exposition aura besoin d’être un peu plus long. De plus, le plastique se raye plus facilement et peut se déformer avec le temps, ce qui peut légèrement diminuer la qualité des impressions.

Astuce : je récupère la plaque de verre d’un vieux cadre (photo Amylee)
Mon astuce récup’ préférée
J’aime donner une seconde vie aux objets du quotidien, et les vieux cadres photo sont une véritable mine d’or ! Lorsque je ne me sers plus d’un ancien encadrement dans mon atelier, je récupère la plaque de verre. Elle devient alors mon support idéal pour réaliser des cyanotypes.
Ces vitres sont généralement de la bonne taille, parfaitement transparentes et suffisamment lourdes pour maintenir les végétaux bien en place. C’est une solution à la fois économique, écologique et très pratique.
Pensez simplement à nettoyer soigneusement le verre avant chaque utilisation afin d’éliminer les poussières, les traces de doigts ou les petites saletés qui pourraient apparaître sur votre impression.
C’est un petit geste de récupération qui fait toute la différence… et qui s’inscrit parfaitement dans l’esprit du cyanotype : créer avec simplicité, en valorisant ce que l’on possède déjà.
Les végétaux
- Feuilles très découpées comme le chêne, la vigne, le lierre, le figuier, érable japonais, glycine, fougère, le ginko. Les incontournables pour débuter et qui donnent presque toujours de beaux résultats
- Herbes graminées.
- Fleurs séchées.

Rassemblez végétaux et petits objets plats pour exprimer vos idées (photo Amylee)
Mon conseil d’artiste
N’hésitez pas à partir en promenade avec un petit carnet ou une pochette pour récolter quelques feuilles tombées au sol. Les plus belles surprises se trouvent souvent au détour d’un chemin, dans un jardin ou au pied d’un arbre après une journée venteuse.
Choisissez des feuilles bien plates, sans déchirures importantes, et si possible fraîchement ramassées. Vous pouvez après les faire sécher quelques jours entre les pages d’un gros livre afin qu’elles restent parfaitement plates au moment de réaliser votre cyanotype.
Et surtout, ne vous limitez pas aux arbres ! Les herbes folles ou autres plantes offrent souvent les empreintes les plus délicates et les plus poétiques.
Pas de jardin ? Le cyanotype s’invite aussi en ville !
Vous habitez en appartement et vous n’avez pas facilement accès à des végétaux ? Rassurez-vous : le cyanotype ne se limite pas aux feuilles et aux fleurs. Votre intérieur regorge déjà de petits objets capables de créer des empreintes étonnantes.
Le secret est simple : choisissez des objets plutôt plat qui possèdent une silhouette graphique, des perforations, des transparences ou de jolies textures. Vous serez surpris de découvrir combien les objets du quotidien peuvent devenir de véritables œuvres d’art une fois révélés dans leur célèbre bleu de Prusse.
- Dentelles, boutons, fermeture éclair ouverte, aiguilles à tricoter, du fil emmelé
- Napperon, tulle, boucle d’oreille, chainette
- Trombone, ciseaux, règle, rapporteur, pinceau, crayon, des bouts de cartons découpés
- Une pièce de puzzzle, une clef ancienne, un coquillage rapporté de vacances
- Plumes, peigne, papier bulle, carton ajouré d’emballage
- De vieilles cassettes audio comme Christian Marclay
Tout devient prétexte à expérimenter. Vous verrez qu’il n’est pas nécessaire de vivre à la campagne pour créer de magnifiques cyanotypes. La poésie se cache souvent dans les objets les plus ordinaires… Il suffit de changer de regard pour les voir autrement.
Quelle lumière choisir ?
Le soleil est idéal mais une lampe UV permet aussi de travailler toute l’année avec davantage de régularité.
Comment fonctionne un kit de cyanotype ?
Le principe est très simple.
- Les 2 solutions sont mélangées dans un flacon juste avant utilisation.
- Le mélange est ensuite appliqué sur le papier à l’aide d’un pinceau.
- Le papier doit sécher complètement dans l’obscurité avant application des objets.
Une fois sec :
- on compose son image en plaçant les objets ou végétaux ;
- on recouvre d’une vitre avec ou sans pince à linge en bois ;
- on expose le tout à la lumière (soleil ou lampe à UV);
- une fois le temps écoulé, on enlève les petits objets de la feuille ;
- on rince abondamment la feuille en papier à l’eau du robinet.
- Et tadaaaaah, l’image apparaît progressivement. Et vous verrez qu’après séchage, le bleu continue souvent à s’intensifier durant les heures qui suivent.
Comment préparer correctement le papier ?
La préparation est une étape importante. Voici quelques conseils :
- Choisissez une pièce peu éclairée.
- Évitez la lumière directe.
- Préparez la quantité de solution nécessaire.
- Appliquez le produit uniformément.
- Vous pouvez laisser volontairement des bords irréguliers pour obtenir un effet plus artisanal.
- Laissez sécher complètement avant l’exposition.

Prenez un papier suffisamment épais (Photo Amylee)

Application du mélange sur le papier ( Photo Amylee)

Une fois sec, posez sur le papier des objets et végétaux à reproduire (Photo Amylee)
Quels supports peut-on utiliser ?
Le cyanotype ne se limite pas au papier. Il fonctionne aussi sur :
- le tissu en coton ;
- le lin ;
- la soie naturelle ;
- le bois naturel clair ;
- certaines céramiques poreuses ;
- le cuir végétal ;
Les artistes aiment beaucoup travailler sur des papiers anciens, des partitions musicales, des cartes géographiques ou des pages de livres recyclés. Chaque support apporte une ambiance différente, laissez exprimer vos idées !
Comment déterminer le bon temps d’insolation ?
C’est probablement la question la plus fréquente. Et la réponse est… Cela dépend !
Plusieurs facteurs influencent le temps d’exposition. Avec une lumière naturelle du soleil, des paramètres vont s’ajouter :
- la saison ;
- l’heure de la journée ;
- l’intensité du soleil ;
- la météo ;
- l’épaisseur des végétaux ;
- la sensibilité du papier.

Comment déterminer le bon temps d’insolation ? (Photo Amylee)
- En plein été : 5 à 10 minutes peuvent suffire.
- Au printemps : 10 à 20 minutes.
- Par temps nuageux : 20 à 40 minutes voire davantage.
Le meilleur conseil consiste à réaliser une bande-test, en masquant progressivement différentes zones toutes les deux minutes afin d’obtenir plusieurs temps d’exposition sur une même feuille. Vous identifierez rapidement la durée idéale en fonction du résultat obtenu.
Le rinçage : une étape à ne pas négliger
Une fois l’exposition terminée, retirez délicatement les objets si vous souhaitez les réutiliser.
- Rincez immédiatement votre papier à l’eau claire.
- Le jaune disparaît progressivement et laisse place au bleu qui apparaît.
- Continuez le rinçage plusieurs minutes.
- Laissez ensuite sécher naturellement.
- Le bleu devient souvent plus profond après oxydation.
Des idées de créations en cyanotype
Le cyanotype offre un terrain de jeu presque infini.
Pourquoi ne pas essayer :
- un herbier artistique ;
- un carnet de voyage ;
- des cartes de vœux ;
- des marque-pages ;
- des affiches botaniques ;
- des abat-jours décorés ;
- des coussins imprimés ;
- des tote bags ;
- des chemins de table ;
- des compositions florales abstraites ;
- des portraits avec négatifs ;
- des photogrammes d’objets du quotidien ;
- des bijoux sur papier ;
- des collages mêlant aquarelle et cyanotype ;
- des cartes du ciel ;
- des illustrations poétiques.
Vous pouvez aussi coloriser vos cyanotypes avec :
- de l’aquarelle ;
- des encres ;
- du thé ;
- du café ;
- des pigments naturels.
Les possibilités deviennent alors infinies.
Les artistes contemporains qui explorent le cyanotype
Aujourd’hui, de nombreux artistes revisitent cette technique avec une sensibilité contemporaine.
Certains utilisent le cyanotype pour explorer la mémoire, le paysage ou la botanique. D’autres l’intègrent à des installations, des œuvres textiles ou des livres d’artiste.
Parmi les figures reconnues, on peut citer Christian Marclay, qui emploie différents procédés photographiques dans une pratique expérimentale où le cyanotype a parfois sa place, ou encore Meghann Riepenhoff, dont les œuvres dialoguent directement avec les éléments naturels comme les vagues, la pluie ou le vent.
De nombreux artistes textiles, illustrateurs, relieurs et photographes contemporains explorent également cette technique dans des démarches personnelles.
Le cyanotype est aujourd’hui un formidable espace d’expérimentation où chacun peut développer son propre langage visuel.
BON A SAVOIR
Pour celles et ceux qui souhaitent découvrir encore plus d’inspirations et de magnifiques cyanotypes, Instagram regorge de comptes à suivre, comme : @cyanotypeproject avec le photographe Eric Charpentier, @cyanotype_s_a, @celine.sacsetpochettes, le collectif @kyano_cyanotype et l’artiste britannique @chloe_mccarrick_fine_art, ou encore @alternativeprocesses et @stevecyan63

Les erreurs les plus fréquentes avec le cyanotype (Photo Amylee)
Les erreurs les plus fréquentes avec le cyanotype
-
Votre papier reste très pâle ?
Le temps d’exposition est probablement insuffisant.
-
Le bleu est peu intense ?
Le papier était peut-être encore humide.
-
Les détails sont flous ?
Les végétaux n’étaient pas suffisamment plaqués contre le papier.
-
Des taches apparaissent ?
Le pinceau était trop chargé, le mélange mal réparti ou alors la plaque de verre était mal essuyée après avoir été lavée. La condensation a fait des taches sous l’effet de la lumière. Chaque essai vous apprend quelque chose. Le cyanotype est une pratique où l’on progresse énormément en expérimentant.

Tadaaaah et après rinçage à l’eau clair du papier, les formes se révèlent (Photo Amylee)

Et laissez sécher le papier à l’aide de pinces à linge (Photo Amylee)
Questions fréquentes avec la technique du cyanotype
Le cyanotype est-il dangereux ?
Les produits sont généralement considérés comme peu toxiques lorsqu’ils sont utilisés correctement. Il est recommandé de porter des gants, de travailler dans un espace bien ventilé et d’éviter tout contact avec les yeux ou l’ingestion. Conservez les solutions hors de portée des enfants et des animaux.
Peut-on travailler sans soleil ?
Oui. Une lampe UV permet de réaliser des cyanotypes toute l’année.
Les créations résistent-elles dans le temps ?
Oui. Conservés à l’abri d’une exposition prolongée au soleil direct et dans de bonnes conditions, les cyanotypes peuvent durer de nombreuses années.
Peut-on imprimer des photographies ?
Absolument. Il suffit d’utiliser un négatif transparent spécialement imprimé pour le cyanotype.
Pourquoi mon bleu change-t-il après séchage ?
C’est tout à fait normal. Le pigment continue son oxydation après le rinçage. Le bleu devient alors plus profond dans les heures qui suivent.
Peut-on utiliser des fleurs fraîches ?
Oui. Mais les fleurs séchées offrent souvent davantage de finesse et de détails.
Une invitation à expérimenter
Le cyanotype nous rappelle qu’il n’est pas toujours nécessaire de rechercher la perfection.
Chaque feuille ramassée lors d’une promenade, chaque plume trouvée sur un chemin, chaque fleur séchée peut devenir le point de départ d’une création sensible et unique.
C’est une technique qui invite à regarder autrement les petits trésors du quotidien, à prendre le temps d’observer les saisons et à laisser la lumière révéler ce que l’on ne pouvait pas imaginer.
Que vous souhaitiez créer un herbier poétique, personnaliser un carnet, réaliser des œuvres murales ou simplement vivre un moment de création apaisant, le cyanotype est une magnifique porte d’entrée vers un univers où la nature devient votre plus belle collaboratrice. Il ne vous reste plus qu’à préparer votre papier… et attendre que le soleil fasse son œuvre.
Du côté de chez vous
Dans cet article, je vous partage mon expérience personnelle, nourrie par mes propres essais, et mes découvertes.
Si ce sujet vous intéresse ou si vous avez, vous aussi, des astuces, des habitudes ou des anecdotes autour du cyanotype, pensez à nous les partager dans les commentaires. Cet espace est là pour échanger entre artistes.
Alors, si le cœur vous en dit, laissez-nous un petit message : je serai ravie de vous lire et de découvrir votre façon d’apprivoiser cette merveilleuse technique !





